4 juin 2011 /

Wwwanderer #1

J’inaugure cette semaine une nouvelle rubrique sur Atopiak. 
Wwwanderer: petite revue de ce qui passe sous mes yeux, parfois par mes oreilles, et sous mon nez tout au long de mes pérégrinations web. Internet est chronophage, gargantuesque et labyrinthique, et, encore une fois, c’est une formidable machine d’oubli. Wwanderer est pour moi l’occasion de retenir quelques bribes de mes allers et venues sur la toile et de les partager. Wwwanderer n’est pas a proprement parler un espace de critique, puisque je n’ai pas le temps de faire de réels commentaires sur ces différents liens, mais plutôt un espace de tri, de choix et de relais des informations glanées sur le Net. En route… 


*1 
On commence par une opération du collectif F.A.T (Free Art and Technology Lab). Une petite application, qui vous permet d’un simple clic de manifester votre mécontentement.



L’objet est irrévérencieux mais il rempli pleinement ses fonctions de défouloir. On pourrait presque lui trouver le rôle d’un bouton « dislike » s’il pouvait être partagé autrement que par impression d’écran. 
Hommage et œuvre de soutien à l’artiste chinois Ai WeiWei, arrété et emprisonné par l’état chinois depuis le 3 avril. “Ai WeiWei bokkmarklet » est présenté par Arahm Bartoll.  Pour ceux qui seraient passé à coté, Arahm Bartoll est l’auteur de ceci : http://deaddrops.com/
* 2 
La vidéo de la semaine : Le collectif « Improv evrywhere », collectif d’improvisation newyorkais. Les collectif effectue ici, une relecture du paysage urbain par une legère modification de notre paysage sonore. Dans un autre genre, Improv Everywhere  organise chaque année le « No Pant Subway Ride », invitant une fois par an les usagers tentés par l’aventure, à prendre le métro sans pantalon (cela se passe de commentaires)




*3 
Un très beau travail de graff et photographies, réalisé à Prypiat 20 ans après la catastrophe de Tchernobyl. A l’initiative de Sergey Abramchuk et Vitali Shkliarou, le projet rassemble plusieurs artistes russes, allemands et biélorusses (Konstatin Danilov, Denis Averyanov, Ivan Malakhov, Kim Köster et Tobias Starke) revenus sur les lieux de la catastrophe pour intervenir sur les murs des maisons et usines dans la zone interdite. Les photographies ont été prises par Sergey Abramchuck et Niels Grugel.


Die Mahnung, Kim Koester

Your double standard, Tobias Starke
Sarcophagus with vertical lines, Sergey Abramchuk

*4
Chaque mouvement populaire est désormais accompagné d'une série de sites Internet regroupant toutes sortes d'affiches et créations graphiques pour marquer le soutien aux "révolutionnaires". C'est souvent assez esthétique, mais malheureusement dans bien des cas ça ne fait pas vraiment sens, et on se demande si les auteurs des affiches savent vraiment ce dont ils parlent. Ici c'est un brin différent puisqu'il s'agit d'un projet de deux jeunes graphistes espagnols, qui ont souhaité regrouper sur un blog des affiches, photographies et bandes dessinées traitant des mouvements de contestation en Espagne.


Maria Ballesteros

Juan Hervas

Victor Zurdo


*5 
Une petite série de liens vers des travaux qui ont attiré mon attention:



Thomas W.

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14 mai 2011 / Libellés :

Peter Weibel, une certaine idée de l'Europe

Une partie de cet article paraîtra dans le numéro d'Artline du mois de juin. Mais les contraintes éditoriales étant ce qu'elles sont, il sera amputé d'une de ses parties. Ayant eu la chance de rencontrer l'artiste Peter Weibel à l'occasion d'une série d'expositions qui lui est consacrée à Strasbourg ce mois-ci, j'ai souhaité publier l'article en version longue.
En effet, son travail propose une réflexion sur l'Europe qui m'a paru véritablement intéressante, et le sujet me tient à coeur - nous avons absolument besoin d'artistes, de penseurs, d'écrivains pour construire une véritable pensée critique de l'Europe, et pas seulement d'une Europe économique et commerciale - j'avais d'ailleurs déjà abordé ce sujet en parlant d'un bel essai de Georges Steiner. 


Peter Weibel, Kopf, 1967-68
Sur l’initiative d’Apollonia est présentée de mars à juillet 2011 toute une série de manifestations consacrées à l’artiste Peter Weibel, dans différents lieux de Strasbourg. Sous le titre « No Limits », il s’agissait de donner à voir divers aspects de l’œuvre de cet artiste hors norme et hors cadres, aussi à l’aise en tant que directeur d’institution – le ZKM, Centre d’Art et de technologie des médias de Karslruhe – qu’en tant qu’artiste ou théoricien des arts. On saura gré à Apollonia et à ses partenaires d’avoir permis aux strasbourgeois de découvrir l’œuvre et la pensée de cet artiste iconoclaste dont le travail, prenant autant la forme d’une critique des médias que de l’art vidéo, de l’installation ou de la performance, demeure encore trop méconnu en France. Et, puisque Strasbourg est la capitale européenne, nous avons eu le souhait de revenir sur une thématique forte traversant les œuvres de Peter Weibel présentées : celle de l’Europe, via la série d’installations à la salle des fêtes du Palais du Rhin, réunies sous le titre « Réécrire l’Europe » et à Apollonia (« De la réalité virtuelle à la réalité augmentée »). 
Ces installations trouvent en effet un écho singulier dans l’actualité la plus contemporaine de l’Europe, et nous engagent à revoir de manière critique notre manière de penser l’histoire et l’espace européen, au moment où l'on parle de remettre en question la libre circulation dans celui-ci et de rétablir le contrôle aux frontières - d'ailleurs, le Danemark s'est déjà engagé dans cette voie.


Peter Weibel, installation DVD, Réécrire l'Europe
Il faut dire que, si Peter Weibel est d’origine ukrainienne – il est né à Odessa – il est encore davantage autrichien, et a d’ailleurs travaillé avec les actionnistes viennois. Evoquant ce pays « sans qualité », reprenant ainsi une formule de l’écrivain autrichien Robert Musil, très critique sur l’austrianité, Peter Weibel reconnaît que la position de l’Autriche – aux frontières de l’Europe, ancrée dans ce qu'on nomme parfois la Mitteleuropa – et son histoire, celui d’un empire perdu,  a sans doute donné à son travail et à son approche de l’Europe une coloration particulière. L'identité autrichienne est en effet historiquement marquée par un esprit cosmopolite, entre influences allemandes et influences de l'Est - sur cette question, les essais de Claudio Magris apportent des perspectives intéressantes, que ce soit dans Le mythe et l'Empire ou dans Danube. En tout cas, pour Peter Weibel, il est toujours nécessaire d'interroger la notion de frontières telle qu'elle est pensée dans l'espace Europe. C’est ce qu’il a tenté de faire dans une installation DVD, « Réécrire l’Europe » (2008), qui rappelle à quel point les frontières européennes ont été mouvantes dans l’histoire, changeant au gré de la naissance et de la décadence des empires ou des flux migratoires. Sur une période de 2000 ans, la vidéo nous montre le déplacement de ces frontières européennes, qui se meuvent telles des organes vivants : mise en perspective critique et historique qui montre, dit Peter Weibel, le singulier pouvoir qu’a l’Europe, celui de se réécrire sans cesse.
Peter Weibel, La forteresse Europe (Forschung Europa), installation, 1994
De même, dans un contexte où la France comme l’Italie remettent en question les accords Schengen, et où l’on s’interroge sur la réponse à donner aux flux migratoires, La forteresse Europe (Festung Europa) de Weibel, installation datant de 1994, apparaît étrangement actuelle. Drapeaux noirs de deuil représentant les pays européens et leurs responsabilités, valises ouvertes des migrants débordant de vêtements : l’installation, créée dix ans avant la guerre de Yougoslavie, nous parle d’une Europe qui, sous couvert de bureaucratie et d’économie, génère nationalismes et replis sur soi. Il est vrai que, si l’histoire de l’Europe est celle des migrations, elle est aussi celle des conflits et des guerres. 
Peter Weibel, Europa(t)raum, installation, 1983
La dernière installation, Europa(t)raum, dont le titre joue sur la proximité phonique et ironique entre l’espace réel (Raum) et l’espace utopique, rêvé (Traum), invite à dépouiller le « rêve » européen de ses oripeaux médiatiques : devant l’image d’une carte de l’Europe unifiée, retransmise par un écran télévisé, de grandes lames d’acier évoquant des couteaux sont recouverts de taches rouges, qui, reconstituées, forment la carte européenne. Une manière d’expérimenter la dimension composite et fragmentée de l’idée d’Europe, passée au crible des conflits et des divisions.

Autrichien, Peter Weibel l’est aussi dans sa manière de proposer une critique de la représentation, qu’elle soit fantasmée ou médiatique. Il y a en effet une tradition autrichienne de critique du langage et de la représentation, qu’on trouverait aussi bien chez les romanciers Robert Musil et Thomas Bernhard que chez Wittgenstein. Contre la tendance nationale du Wegschauen (cet art de regarder ailleurs, soit de balayer la poussière sous le tapis pour ne surtout pas la voir, art souvent dénoncé par l'écrivaine Elfriede Jelinek), les artistes autrichiens furent souvent contestataires, et l’on peut rappeler que les première performances de Peter Weibel, en collaboration avec Valie Export, artiste connue pour ses positions féministes, furent plutôt subversives - on peut rappeler que, lors d'une de ces performances, en 1968, Valie Export promena Peter Weibel en laisse dans Vienne, tel un portrait de l'artiste en jeune chien. Il s'agissait surtout là de remettre en question les rapports hommes/femmes, dominants/dominés. 


Peter Weibel garde aujourd’hui cette propension à révéler ce qu’on ne souhaite pas voir, et tel était le propos d’une des installations présentées à Apollonia, visible jusqu'au 31 mai, Life in the 20th century. 250 millions murders (La vie au 20e siècle. 225 millions de morts). Peter Weibel a très vite travaillé en utilisant les médias de masse de manière critique – avec la série des Télé-actions, débutées en 1969, il fut ainsi un des pionniers de l’art vidéo. Avec l’installation dite de « réalité augmentée » d’Apollonia, il utilise des Iphone et des Ipad, soit les médias les plus récents, pour montrer la véritable nature de ce « court vingtième siècle », selon la formule célèbre de l’historien Eric John Hobsbawn, période la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité. Invisibles de prime abord, dix globes apparaissent dans l’espace par le biais des écrans fonctionnant comme des fenêtres, symbolisant les dix décades du 20e siècle, pendant qu'une voix énonce les noms des génocides et des guerres. Jouant sur le local et le global, sur l’imbrication entre espace réel et symbolique, l’installation nous suggère que nous ne sommes peut-être pas étrangers à cette réalité historique et que, fut-elle abstraite, elle ne cesse de faire partie de notre monde - tout en demeurant impensée - voire impensable. 
Peter Weibel au vernissage de l'exposition Apollonia, De la réalité virtuelle à la réalité augmentée
On l’aura compris, le travail de Peter Weibel est critique – sinon politique. Comment concilie-t-il, d’ailleurs, une activité d’artiste contestataire, de théoricien des images, de curateur ou de directeur d’institutions ? Lorsqu’on lui pose la question, Peter Weibel évoque tour à tour Pierre Boulez qu'il admire – théoricien, avec de nombreux essais, autant que praticien de la musique et compositeur – et la division du travail selon Marx, avec cette tendance sociétale à vouloir répartir chacun dans un cercle d’activité déterminé. Le champ de l’art serait-il lui aussi réactionnaire, cantonnant l'activité de chacun dans des frontières bien définies ? A voir ! En tout cas, il a tiré de cette position à mi-frontières des avantages certains, proposant au ZKM qu’il dirige des expositions très pointues autant que grand public.

Au ZKM d’ailleurs, on pourra voir prochainement une exposition nommée Atlas. Comment porter le monde sur ses épaules ? (Atlas. How to Carry the Word of One’s Back ?) dont le curateur est Georges Didi-Hubermann, plus connu pour ses essais passionnants sur la question de l’image – et sur ce qui hante les images, ce qui se cache derrière elles. C’est justement dans cette perspective que s’inscrira l’exposition : non pas montrer des œuvres de maîtres connus, mais plutôt faire découvrir les sources à partir desquelles les artistes ont composés leurs œuvres, et qui permettent de les comprendre. Une archéologie de l’image, en somme, où l’on (re)découvrira avec profit les images collectées par l’historien de l’art Aby Warburg, qui cultivait le même intérêt, entre les années 1924 et 1929, pour les analogies et les montages que les artistes de son temps et dont le Mnemosyne Atlas demeure une tentative intéressante de remonter le cours des images par le montage, en traquant leurs analogies formelles à travers le temps (pour une analyse du travail d’Aby Warburg en parallèle avec celui de Walter Benjamin, voir ici, la partie consacrée au montage)

L’exposition se tiendra au ZKM, à Karlsruhe, du 7 mai au 7 août 2011. 

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14 avril 2011 / Libellés :

Veille mécénat culturel (14 avril 2011)

Le fait de la semaine: le rapport de la Cour des Comptes sur les Musées Nationaux


L'information à retenir en matière de mécénat culturel cette semaine, c'est sans nul doute ce rapport de la Cour des Comptes sur les Musées Nationaux, relayé par Le Monde, mais aussi par La Tribune de l'Art qui propose un article d'analyse bien plus complet. 
Ce rapport est assez critique sur la gestion des Musées Nationaux (politique tarifaire, gestion financière, efficacité budgétaire etc.), qui coûteraient cher à l'Etat et seraient dans certains cas mal gérés. Il ne faudrait cependant pas généraliser ces constats à tous les musées, puisque, comme nous le rappelle La Tribune de l'Art, "il s'agit bien ici essentiellement d'un état des lieux des musées "établissements publics"", dirigés principalement par des administrateur (et non par des Conservateurs, comme on peut le croire). La Tribune de l'Art ajoute que "l'essentiel de ce rapport est consacré (n'oublions pas qu'il s'agit de la Cour des Comptes) au coût des musées. On y parle assez peu de qualité ou de devoir de conservation. On part du présupposé que les musées sont un fardeau et qu'ils devraient coûter moins. Et ce que regrette dès le début la Cour des Comptes, c'est cette absence d'efficience comptable."
La Tribune de l'Art expliquant bien les enjeux de ce rapport, je me suis contenté de lire avec attention les pages consacrées au mécénat. Cette lecture fut des plus éclairantes, et voici quelques points à retenir:


- le rapport rappelle à que le dispositif français du mécénat est encore plus avantageux que le dispositif américain, balayant au passage quelques idées reçues. En effet, le système américain repose sur la déductibilité de l'impôt suite à un don, là où le système français repose sur une réduction de l'impôt.
- depuis la loi d'août 2003, le mécénat culturel a connu un essor remarquable - ce qui était le but de ce dispositif fiscal. Cependant, aucun dispositif de suivi ou d'évaluation n'ont été créés pour suivre spécifiquement le mécénat culturel (et notamment le coût de la dépense fiscale consentie par l'Etat.
- le rapport soulève une question importante, à savoir la nécessité de se doter d'une charte éthique du mécénat, pour encadrer et définir la question des contreparties. 
Le Musée du Louvre s'est doté d'une telle charte pour encadrer la pratique du "nommage". (donner le nom d'une entreprise mécène à une salle du musée). Cela avait failli être le cas en 1999 avec la restauration de la salle des Etats, qui abrite la Joconde, financé par "une chaîne de télévision japonaise" et une "grande entreprise pétrolière" qui espéraient pouvoir donner leur nom à la salle...(Vous aurez, bien entendu, reconnu ces entreprises que le rapport évite de nommer...)
- La question du mécénat de compétences. Ce type de mécénat se développe beaucoup: il s'agit pour une entreprise d'"offrir" ses compétences, par exemple pour la restauration de salles historiques de musées. Le rapport évoque les possibles dérives d'un système où l'entreprise mécène est aussi celle qui remet la déclaration de valeur des travaux effectués (qui dans certains cas se voit multipliée par cinq...après les études effectuées par l'entreprise elle-même).


De manière générale, ce rapport met en évidence la nécessité d'un encadrement plus volontaire de la part du Ministère de la Culture, en élaborant notamment une "charte éthique du mécénat des musées nationaux". C'est l'occasion de rappeler à quel point éthique et transparence sont des éléments essentiels en matière de mécénat.
Les autres nouvelles mécénat de la semaine

Quand les villes font appel au mécénat... L'exemple de Reims




A l'occasion du 800e anniversaire de la Cathédrale, la ville de Reims innove en matière de mécénat: elle cherche à associer fonds privés (via le mécénat d'entreprise) et fonds publics pour le financement d'événements publics, notamment culturels et sportifs.
Dans cette perspective, la ville de Reims a créé une mission permanente dédiée au mécénat. Pour ce faire, un poste a même été créé pour une durée de trois ans, afin de prospecter pour rechercher d'éventuels mécènes, entreprises ou particuliers. C'est la première fois qu'une ville se dote de ce type de structure. Serge Pugeault, adjoint à la culture de la mairie de Reims, rappelle que cette mission Mécénat s'inscrit dans une double perspective de culture et de développement économique. Il définit ainsi sa vocation: "Développer un mécénat dit de proximité en fédérant les acteurs économiques autour du rayonnement de leur propre territoire d'implantation."
Pour l'anniversaire de la cathédrale, cette mission Mécénat a permis de récolter 300 000 € auprès de 14 partenaires privés, parmi lesquels on trouve des entreprises de la région (principalement des maisons de Champagne) mais aussi des entreprises nationales. 
Il semblera que ce type de démarche soit appelée à se développer, principalement en raison du désengagement de l'état au niveau du financement dans les domaines culturels et patrimoniaux...
A ce sujet, on peut également citer le cas de la ville d'Auch: le maire s'est tourné vers le mécénat afin de financer la rénovation d'un escalier monumental, haut lieu du patrimoine auscitain. 
Ce qu'en dit le maire socialiste, Franck Montaugé, permet de saisir les enjeux de ces plan de financement public/privé. Ce projet de 8 millions d'euros, dit-il, était "injouable avec les montages financiers traditionnels. Alors que le désengagement se poursuit, il nous fallait trouver d'autres solutions, sous peine de voir le monument, source de lien social et d'attractivité touristique pour notre territoire, se détériorer." C'est un don de la fondation d'entreprise Total, d'un montant de 270 000 €, qui permettra de financer la première phase de la restauration.


La (petite) note d'Atopiak


L'aspect positif de ce type d'initiative est l'implication des entreprises et des particuliers dans le financement de ce qui fait la richesse d'une région (patrimoine, culture ou autre). Cela permet de développer l'idée, très répandue outre-manche, que l'entreprise se doit de redonner à sa communauté, et qu'elle doit aussi son succès à son implantation - d'où l'intérêt du mécénat dit "de proximité".
Cependant, il faudrait aussi en rappeler les dangers et les écueils, et rappeler que ces partenariats sont davantage subis que choisis, en raison du désengagement de l'état dans le domaine culturel. Ce type de partenariat public/privé n'est pas nouveau, mais leur apparition dans le domaine culturel et patrimonial pose question. 
Les PPP (partenariats public/privé) sont déjà bien répandus au Québec. Je n'aurai pas le temps de développer ici et ce sujet demanderait une note bien plus conséquente, mais l'expérience québécoise incite à être prudent: souvent, ces PPP coûtent au final plus cher, et il semble que ce soient, contrairement à ce que l'on peut croire, les collectivités publiques qui assument le plus les risques liés au projet. 


Un concert au Musée du Louvre 
Le Musée du Louvre poursuit ses actions de mécénat d'envergure... A la manière des dîners de charité américains, une grande soirée de mécénat sera organisé au Louvre par l'américaine Becca Cason Trash, présidente de l'Association des Amis Américains du Louvre. Janet Jackson y offrira un concert privé devant quelque 350 personnalités du monde des affaires, du luxe et de la mode. Ce concert sera suivi d'un dîner de bienfaisance et d'une vente aux enchères. Les sommes collectées permettront de rénover ses salles d'objet d'art du XVIIIe siècle.
En 2008 déjà, Becca Cason Trash avait déjà organisé semblable soirée, avec la participation du groupe britannique Duran Duran. L'événement avait été efficace en terme de collecte de fonds, puisque la soirée avait rapporté 2,7 M$ au musée.

Si de telles actions permettent effectivement de collecter d'importantes sommes, je me demande dans quelle mesure le Louvre n'est pas en train d'user de sa "marque" de manière exponentielle, au risque de réduire peu à peu le nom "Louvre" à une pure image, voire à une coquille vide, un bel écrin - qui gardera, sans doute, le prestige parisien d'une institution réputée, mais qui risque de perdre son identité. Car, enfin, Janet Jackson... Une manière de nous rappeler que nous sommes à l'ère de la culture "mainstream" et du divertissement de masse, et que l'art doit se mettre au diapason s'il veut intéresser les mécènes?

Disparition de Martine Aublet, responsable du mécénat au Musée du Quai Branly
Martine Aublet avait rejoint le musée dès 1998, avant même son ouverture, et c'est elle qui y a mis en place la politique de mécénat. De nombreux articles cette semaine lui rendent hommage: son implication pour le musée du Quai Branly a effectivement permis d'y développer la part du mécénat de manière significative. Pour ma part, son parcours m'a interpellé: maîtrise d'histoire de l'art, chargée de mission à l'Institut Français puis à l'ADEAC  (agence culturelle dépendant du ministère de la Coopération). Elle a ensuite repris et dirigé une agence d'architecture d'intérieur. Petite-fille d'un peintre orientaliste et collectionneur (Albert Aublet) elle s'intéressa très tôt à l'art africain et contribua à faire connaître en France les arts d'Afrique et d'Océanie.
Son parcours est intéressant: il part de l'intérêt et de la connaissance fine de l'art et de la culture, pour arriver au mécénat. Il me semble que ce type de parcours se fera plus rare, au moment où les profils recherchés pour les postes de mécénat culturel vont tous dans le même sens: sciences politiques ou école de commerce. En général, il est tout de même précisé qu'un "intérêt" pour la culture, l'art ou les musées est nécessaire. Ce n'est toutefois pas considéré comme une priorité. Dans les faits, les profils à double compétences sont courants (école du Louvre-Commerce, par exemple) mais on peut tout de même regretter une forme d'homogénéisation des parcours - espérons que cela n'engendre pas une uniformisation trop importante des pratiques.

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27 mars 2011 / Libellés :

Veille mécénat culturel (27 mars 2011)

Ces prochaines semaines, je poursuivrai les billets sur les évolutions du mécénat en France, mais je souhaitais commencer la veille sur le mécénat culturel dès cette semaine. 

Le fait de la semaine: le mécénat culturel en question?

Cette semaine donc, on peut relever un article du Monde qui semble découvrir les résultats de l'enquête 2010 de l'Admical sur le mécénat d'entreprise (une étude parue en octobre 2010). Il est vrai que certains résultats sont frappants, notamment en ce qui concerne la part allouée par les entreprises à la culture.


"La  culture ne représente plus que 19 % du budget global et se situe désormais en troisième position derrière le trio "social, éducation, santé" (36 % du budget, soit 720 millions d'euros) et le sport, lequel, en progressant de 26 %, prend la seconde place en terme d'engagement." Les chiffres sont certes inquiétants dans la mesure où l'enquête indique une mutation dans les pratiques de mécénat d'entreprise, et semblent placer à présent la culture en dernière ligne (19% du budget en 2010 contre 39 % en 2008). 


Le président de l'Admical, Olivier Tcherniak, cité dans l'article, affirme pour sa part que "le mécénat culturel est en train de mourir, ou du moins, se transformer radicalement". Le mécénat semble dériver ainsi vers la communication, qui profite bien entendu aux grandes structures culturelles: "Plutôt que de financer quinze petites structures, on préfère investir dans un grand projet plus visible", ajoute O. Tcherniak. La prise de conscience de la RSE (Responsabilité Sociale de l'Entreprise) a eu pour conséquence de favoriser les actions à vocation sociale dans la culture, favorisant ainsi "la culture comme facteur d'équilibre de la société" plutôt que la création. Et ce sont les structures les plus fragiles qui en pâtissent, notamment dans le spectacle vivant. Par ailleurs, la concurrence se fait rude: les banques et compagnies d'assurance ont beaucoup fusionné ces dernières années, "réduisant d'autant les guichets, alors même que la recherche et l'enseignement supérieur partaient à leur tour en croisade".


Passons sur ce terme de "croisade" pour le moins surprenant. On peut tout de même constater, à partir de cet article du Monde, que le mécénat culturel se situe sans doute à un tournant, et que les acteurs culturels devront sans doute redéfinir leur manière d'envisager les projets, comme le note Marie-Sophie Calot de Lardemelle, chargée de projets culturels à la Fondation Orange: "on demande aux artistes une implication dans l'entreprise qui dépasse la contrepartie du logo et des places de concert. Nous ne sommes plus de simples bailleurs de fonds." 

Le commentaire d'Atopiak
Ainsi, deux tendances se dégagent dans cette évolution du mécénat culturel: l'une, plus inquiétante, qui semble aller dans le sens des réalités du mécénat outre-manche, et notamment du Québec, où le mécénat culturel n'apparaît pas comme prioritaire pour les entreprises : dans la région de Montréal, la culture arrive au quatrième rang des secteurs soutenus (elle représente ainsi 35 %) derrière la santé, l'exclusion sociale et l'éducation. D'autre part, la volonté de désengagement de l'état, concomitante à la volonté de développer le mécénat culturel, semble se confirmer. 


L'autre, qu'on peut percevoir de manière plus positive, est la nécessité d'inventer d'autres formes de collaboration et d'échanges entre les entreprises, les structures culturelles et les artistes, afin que les mécènes ne soient pas de simples bailleurs de fonds. Ces échanges restent cependant encore largement à inventer...Et ne pourront sans doute se faire harmonieusement dans un contexte d'urgence budgétaire. 


Dans la lignée de l'article du Monde, on trouve aussi un article sur Youphil, "Le mécénat dit adieu à la culture", qui relaie les mêmes informations. 


Les autres nouvelles mécénat de la semaine


Adoptez un arbre

On dirait que l'initiative du Louvre - faire appel à la générosité par un appel aux dons particuliers pour acquérir Les Trois Grâces de Lucas Cranach - a fait des émules. Cette semaine, le château de Versailles propose aux particuliers d'adopter des tilleuls: suite à la tempête de 1999, le site a en effet été fortement dégradé. L'appel à la générosité des individus se démocratise: on peut aussi adopter un livre à la Bibliothèque Nationale de France (en permettant sa numérisation sur Gallica) ou parrainer un banc au Jardin des Plantes du Museum d'Histoire Naturelle. 


Les subventions, un cadeau sous conditions? Le cas de France Nature Environnement


Cela sort un peu de la question du mécénat culturel, mais cela pose de bonnes questions: suite à l'affichage d'une campagne-choc sur la prolifération des algues vertes en Bretagne, conséquence de l'élevage intensif, la ministre de l'écologie a demandé à ses services d'étudier une éventuelle suspension des subventions à FNE (France Nature Environnement), association à l'origine de cette campagne de communication. En effet, la campagne est jugée "trop agressive"... Arnaud Gossement, avocat et maître de Conférences à l'IEP de Paris, y consacre une tribune libre sur le site Ouvertures. Rappelant qu'une subvention "n'est ni un cadeau ni une sanction", il estime aussi qu'il faut absolument séparer le financement de FNE et ladite campagne. A la fin de son article, il en profite pour rediscuter la question du financement des associations, en montrant avantages et limites du financement public, par les particuliers ou les entreprises.


Le bureau de Marie Antoinette




Le bureau de Marie-Antoinette est de retour à Versailles: l'état a pu l'acquérir pour un montant de 6, 75 millions d'euros grâce au mécénat du groupe LVMH Moët Henessy- Louis Vuitton et Sanofi Aventis. En 1996, Versailles n'avait pu l'acquérir par manque de moyens. Ce bureau est classé "oeuvre d'intérêt patrimonial majeur": comme pour les oeuvres classées "trésor national", la réduction de l'impôt sur les sociétés concédée aux entreprises est alors égale à 90 % du montant du versement...Ce dispositif vise à éviter le départ à l'étranger d'oeuvres patrimoniales jugées majeures.


Pétrole contre oeuvres d'art 
Un exemple de mécénat culturel aux intérêts cette fois-ci plus qu'évidents et qui, étrangement, est davantage relayé sur les médias africains francophones: "Pétrole contre oeuvre d'art", ou comment la Fondation Total soigne l'image de son entreprise...et en profite pour solidifier ses partenariats économiques au Proche-Orient et en Afrique. Après "Route d'Arabie" au Musée du Louvre et "Présence africaine" au Quai Branly, la Fondation Total soutient l'exposition "Angola, figures de pouvoir" au Musée Dapper. (On peut préciser que c'est le Musée Dapper qui est entré en contact avec la Fondation Total, et non l'inverse).

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Mécénat et financement de la culture (2)

Faisons, pour poursuivre la série d'articles sur le mécénat, un petit historique rapide des évolutions de la loi et les changements observables, destinés à favoriser le recours au financement privé ces dernières années :


- La loi du 1er août 2003 : celle-ci veut clairement favoriser le développement du mécénat dans le financement des organismes culturels, mais aussi dans tout le secteur non-lucratif. Cette loi est très incitative: 60 % du don est ainsi déductible pour les entreprises (et 66 % pour les particuliers).
On peut cependant rappeler que, contrairement aux idées reçues, la fiscalité avantageuse est rarement ce qui pousse les entreprises à faire un don. 


- Parallèlement, l’état a cherché à favoriser le développement des fondations reconnues d’utilité publique, en rendant plus simple leur création. Il s’agit là de s’inspirer du modèle anglo-saxon (à titre comparatif, rappelons qu’on dénombre environ 16 000 fondations au Québec, 56 000 aux Etats-Unis, contre 2443 fondations en France, tout type confondu. Ce chiffre s’explique en partie par la place importante de la structure associative en France, et une tradition philanthropique bien différente…Cependant, en dix ans, le nombre de fondations françaises a doublé).


- Une mission mécénat a été créée au Ministère de la Culture et de la communication, avec un site dédié.


- Parallèlement, des « correspondants mécénat » ont été désignés peu à peu dans chaque région. Cette présence se fait à la fois dans les réseaux culturels (chaque DRAC disposant d’un correspondant) et dans le secteur économique (signature de conventions avec les Chambres de commerce, et les ordres d’experts-comptables, le Conseil supérieur du Notariat).


- La loi du 4 août 2008, dite de « modernisation de l’économie » a permis la création de fonds de dotation, sur le modèle des endowment fund américains. Ces fonds, sorte de mélange entre association reconnue d’utilité publique et fondation, offrent un cadre très souple, sont plus simple à créer qu’une association, présentent une fiscalité très attractive et ne nécessitent pas de mise de départ.
Ce dispositif a connu un succès certain puisque, dans les six mois suivant la parution de ce décret, plus de quarante fonds de dotation dans des domaines divers (culture, recherche, religion, humanitaire, etc.) ont été créés. On trouvera ici une explication du dispositif.

Ces fonds de dotation ont déjà été adoptés par certaines universités, comme Paris VII, ou encore Toulouse 1. Le CNRS a, pour sa part, créé son fonds de dotation en 2009. 
Rappelons à ce sujet que, depuis la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités (la fameuse LRU, très controversée) les universités, autonomes, sont fortement incités à développer et à diversifier leur financement, en ayant recours à la levée de fonds (d’où l’intérêt des fondations, pouvant prendre des formes juridiques différentes).
Cependant, il convient d’en souligner les possibles limites : les sommes disponibles proviennent uniquement de la capitalisation de la dotation (et sont donc dépendants des fluctuations du marché, avec les conséquences que l’on connaît en cas de crise financière…)
Vous trouverez ici quelques problèmes engendrés à l’Université de Harvard et dans les Université québécoises par la récente crise.

Il est intéressant de noter que, suite à ces mesures, la France dispose dès lors d’un des régimes juridiques et fiscaux les plus incitatifs en Europe. Il faut aussi souligner que le fonds de dotation ne permet pas, sauf dérogation, de recevoir des subventions publiques…

Et dans la culture ?

On trouvera sur ce blog quelques problématiques (avantages et inconvénients) du recours à ce dispositif en matière de politiques culturelles).
Le Louvre est le premier musée français a s’être doté de cette structure juridique en 2009, avec un capital de 120 millions €, notamment pour pouvoir placer les sommes issues du projet controversé du Louvre à Abu Dhabi.
Selon une étude parue sur le sujet en septembre 2010,  27 % des fonds de dotation créés le sont dans le domaine art, culture, ou patrimoine. 
Cette étude met aussi en évidence le fait que 77 % de ces fonds sont « consomptibles », ce qui signifie que leur capital peut être consommé entièrement pour le financement de projets. Ceci pose la question de la pérennité de ces dispositifs qui apparaissent pour l’instant davantage comme des véhicules pour la levée de fonds que comme des stratégies de gestion et de financement à long terme….
Hormis le Louvre, d’autres structures, lieux ou manifestations culturelles ont créé leur fonds de dotation, comme le CentQuatre à Paris en juin 2009, le festival La Folle Journée de Nantes et La Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon en janvier 2011.


Images: 
- Les Trois Grâces, de Lucas Cranach, un tableau acquis par le Louvre grâce à un appel aux dons de particuliers.
- La pyramide du Louvre

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4 mars 2011 / Libellés : ,

Mécénat et financement de la culture : une nouvelle rubrique d’Atopiak

Je me souviens encore bien de la première fois où j’ai assisté à une pièce de théâtre contemporain. J’étais déjà à l’université et j’avais déjà vu, sans doute, des pièces de théâtre plus « scolaires », mais cette rencontre avec le théâtre contemporain a été infiniment plus forte, voire physique : j’ai particulièrement été marquée par la proximité corporelle des acteurs, par la force qui s’en dégageait et qui circulait lors du spectacle. Il s’agissait d’une pièce de Rainer Werner Fassbinder, dont j’ignorai à l’époque à peu près tout. La scénographie m’avait fascinée : il s’agissait d’un échafaudage de fer assez haut, sur lequel évoluait les comédiens, dispositif vertigineux permis par la taille de la salle.


Je pourrais dire la même chose de ma première rencontre avec l’opéra ou avec certains tableaux de maîtres. Peu à peu, spectacle après spectacle, au fur à mesure de ces rencontres, j’ai pu poser un autre regard, non sur la scène, mais sur ce qui nous entoure. Il serait bien trop long de détailler ce que chacun de ces spectacles a pu m’apporter, et comment ces représentations ont travaillé, étoffé, changé mes représentations du monde. Preuve, s’il en est, de l’importance d’avoir accès à la « culture » – qu’on imagine parfois réservée à une minorité de privilégiés ou élitiste – qui n’est pas, contrairement aux apparences, une expérience seulement individuelle : la culture, c’est ce tremblement de la pensée, de la mémoire, du sensible, qui nous ouvre à un commun (qu’il soit artistique, politique, historique, peu importe).
Ces rencontres m’ont été facilitées par une politique culturelle volontariste en vigueur dans ma ville : un tarif unique de 5,50 euros pour les étudiants, que ce soit pour le théâtre, pour l’opéra ou pour les concerts, et l’entrée gratuite dans les musée. 


Bref, je souhaitais de manière préalable à ces billets qui porteront sur le mécénat, rappeler d’où je parle, d’où me vient cet intérêt pour la culture, l’importance de son accessibilité (et de son financement public, quoiqu’on en dise) et la manière dont elle contribue à tisser des liens et à dessiller le regard.
Or, on le sait et on le constate, les subventions allouées au secteur culturel sont globalement en baisse. La revue Mouvement (juillet-sept. 2010, n°56) sous le titre « Du possible, sinon j’étouffe ! », fait le constat effectif d’un désengagement de l’état du financement de la culture, et remplacement du projet artistique par des « contrats d’objectifs » :

« En moins de dix ans, c’est toute une conception de la politique culturelle, héritée des combats du Front populaire, des mouvements de Résistance puis de la quête de cohésion nationale de l’après-guerre, qui s’est effondrée. Et il est logique que le lent enterrement, sans fleurs ni couronnes, d’une certaine politique culturelle […] se soit conjugué à l’effacement libéralement programmé de l’Etat-providence. »


Si l’on en croit l’Observatoire des politiques culturelles, les départements sont le niveau de collectivité le plus affecté par des baisses de budget de fonctionnement entre 2009 et 2010. Or, ce sont les départements qui consacrent le plus de crédits à la culture et à des activités de proximité (deux fois et demi plus que la région, par exemple).
Parallèlement à cette baisse des financements publics, un changement d’orientation pour favoriser le financement privé peut être constaté via la loi d’août 2003, qui devient dès lors l’une des plus incitative d’Europe en terme de mécénat. (J'aurais l'occasion d'y revenir de manière plus détaillée dans le prochain billet.)


On peut s’en inquiéter en se disant, de manière légitime, qu’il s’agit là d’un prélude à un véritable désengagement de l’état souhaitant transférer un certain nombre de dépenses au secteur privé. C’est en partie le cas, sans doute – et c’est un risque certain. Cependant, le mécénat privé ne doit pas être perçu comme un problème, s’il demeure une manière complémentaire de diversifier les financements des projets ou des organismes culturels et s’il est vu comme une manière de créer du lien entre des mondes différents.


C’est depuis 1979, date de sa création, la conviction de l’ADMICAL, une association qui chercher à promouvoir le mécénat d’entreprise. Jacques Rigaud, président de l’Association, s’en explique lors d’un colloque intitulé Le mécénat, acteur du développement culturel et artistiquequi eut lieu à l’abbaye de Royaumont  en 2006 : 


« L’une de nos intuitions était que la politique culturelle engendrait des besoins et des attentes que le financement public sous toutes ses formes ne suffirait jamais à satisfaire, et que d’ailleurs il ne serait pas sain que tout l’élan de la culture dépendît de l’argent public – ou du seul jeu du marché. D’emblée, nous avons conçu le mécénat comme un « tiers-secteur » du financement et, plus généralement, de l’initiative culturels, propre à compenser ou à corriger à la fois les rigidités et les inerties de l’action publique et la brutalité du marché, mais sans qu’il ait pour vocation de se substituer et aux fonds publics et au marché. »


Il est donc important, avant toute réflexion sur ce sujet, de rappeler qu’il ne s’agit pas de substituer au financement de l’état un financement privé. Et il est vrai qu’en la matière, il est possible de se demander si les récentes évolutions ne sont pas un moyen déguisé d’opérer tel transfert. 


C’est d’ailleurs, on peut le noter rapidement, ce sentiment de devoir pallier le désengagement de l’état, qui ressort des entretiens avec les entreprises dans l’étude sur le mécénat 2010 de l’ADMICAL : elles ont parfois le sentiment de prendre le relais de l’état, notamment au niveau du financement des associations. L’ADMICAL se demande d’ailleurs si les déficits publics sont une chance ou un risque pour le mécénat:

« La question du rapport entre financements publics et mécénat privé se pose de manière aiguë avec le creusement des déficits publics. L’effet d’entraînement, voire d’exemplarité, que représente en France l’action de l’Etat est réel. Celui-ci reste un garant de stabilité pour les projets soutenus par le mécénat d’entreprise. Quelles nouvelles complémentarités bâtir entre la générosité privée et l’intervention de l’Etat ?»

Sans prétendre répondre à cette question complexe, je me propose ces prochaines semaines de contribuer au questionnement sur la place du mécénat dans la culture en privilégiant deux approches :


des articles d’analyse, surtout pour poser quelques problématiques, notamment à partir des études existantes – celles de l’ADMICAL bien entendu, mais aussi d’autres source trouvées lors de mes lectures.  (Je pourrai également à l’occasion proposer d’aller voir ce qui se passe ailleurs, et surtout au Québec qui présente de bons exemples de financement culturel public/privé). 


- une veille (hebdomadaire, dans la mesure du possible) sur les pratiques du mécénat culturel en France. Ce sera là, d’ailleurs, la partie la plus importante de cette rubrique. 


Ceci permettra, je l’espère, de lancer des idées et des pistes à partir de bonnes pratiques dans le domaine, et surtout d’observer un peu les tendances qui se dégagent dans le mécénat culturel.
Isabelle S.
Images:
- Inferno, de Romeo Castellucci au festival d'Avignon (2008)
- Tiepolo, Mécène présentant les arts libéraux à l'empereur Auguste, peinture sur toile (69,5 x 89, Saint Petersbourg, Ermitage)

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